Que faire ?
Il avait lu dans un magazine gratuit pour jeune, qui s’appelait “Oxygène” un reportage sur une association homosexuelle (benh oui, on ne disait pas gay à l’époque…) qui se dénommait “Antenne Rose”. Il trouvait le nom complètement débile. Pourquoi prendre un nom qui s’apparente à une couleur stéréotypée des gays, pourquoi jouer le jeu de ces hétéros qui aimeraient bien nous voir tous habillés en rose pour se conforter dans leur position de normalité ? Vous constaterez qu'il était déjà très « revendicateur » avant même d’avoir eu un contact avec quelques associations associatives que ce soit. Bon d’accord, le nom « Antenne rose » ne lui plaisait pas, mais c’était bien le seul indice, qu'il avait trouvé dans sa vie de jeune mec de 17ans, qui lui confirmait qu’il existait d’autres mecs comme lui. Quand on y pense, c’est assez terrible finalement. 17 ans et gay de nos jours, ça me parait moins difficile, non ?
« Antenne Rose » (devenu de nos jours « Tel Quel ») animait une émission radio hebdomadaire en soirée. Il écoutait la radio, dans sa chambre, sur sa chaine Sanyo, le casque bien vissé sur sa tête par peur que ses parents n’entendent des choses qu'il ne connaissais pas lui-même mais qu'il imaginait ne pas être pour eux une écoute « saine ». Son premier contact avec la culture gay fut par la radio, suite à la lecture d’une annonce dans un journal gratuit. Ne sous-estimons pas le travail de ces groupes associatifs, qui peuvent souvent nous paraître dépassé, mais qui ont un rôle réellement important. Je ne serais pas ce que je suis aujourd’hui sans eux.
Imaginez-donc ce gamin de 17 ans avec son gros casque
stéréo en train de chercher la bonne onde, tournant le gros bouton pour faire bouger l’aiguille dans la bande FM, même pas certain qu’il puisse recevoir la radio depuis son HLM. Et paf, tout à
coup, il tombe sur l’émission. Et il découvre un autre monde, mais pas du tout celui à quoi il aurait pu s’attendre. Il entend quelques voix légèrement efféminées, d’autre viriles et jolies. Il
écoute des informations sur des bars gay, des discothèques gay (il n’y avait pas encore de restaurant gay), il écoute des reportages sur d’autres personnes en souffrance (il y avait une émission
qui se dénommait « Raconte-toi » et où une personne gay répondait à diverses questions sur sa vie et ses expériences). Il écoute les petites annonces qui ne sont pas tout-à-fait
compréhensible pour lui, un peu comme lorsque vous lisez des petites annonces immobilière pour la première fois : « Jeune mec cherche Daddy pour plan scatto ». Hein,
kesskessaissa ? Malgré ce choc de culture (et oui, s’il existe une culture gay, il ne faut pas oublier que le jeune gay a baigné lui dans une
culture mono-hétérosexuelle…) il trouve l’émission vraiment très chouette. Et chaque semaine, il est tout content de retrouver cette émission qui parle finalement de lui. Il se sent bien, il
rigole. Seul dans sa chambre, il se sent aimé. Il découvre aussi des choix musicaux différents (lui qui n’écoute quasi que Brel, Bowie et de la musique classique). Mais être bien qu’une soirée
par semaine, ce n’est pas assez. Et puis, il rêve toujours de rencontrer son Ruppert. Et fantasmer sur le saxophoniste de « Spandau Ballet » ou sur les membres de « Duran
Duran », ça a assez durer. Il veut de l’action ! Mais que faire ? Jamais il n’oserait aller dans un de ces bars gay (où il faut à l’époque sonner pour rentrer).
Mais ! Bon sang, c’est bien sûr ! Il avait trouvé la solution. Même si elle ne sera pas aussi facile d’application qu’il le pensait. Et cette solution allait terminer de changer sa vie.
Du jeune adolescent un peu bête, il allait de manière fulgurante acquérir une certaine maturité et devenir un rebelle pour sa famille et, à cette époque, également pour la
société.
A suivre.
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C’est l’histoire d’un mec de 17 ans qui va au cinéma voir « Another Country » de Marek
Kanievska et qui tombe amoureux de l’acteur, Rupert Everett. Il en tombe amoureux comme on tombe amoureux dans les films : c’est le coup de foudre. Il en tombe tellement amoureux qu’il ne se
rend même pas compte qu’il tombe amoureux d’un autre mec. Il en est presque à pleurer dans la salle devant la beauté de l’acteur. Les papillons n’arrêtent pas de virevolter dans son ventre. Il se
retrouve emporté par du beau cinéma et il ne sait pas encore que sa vie vient de prendre un tournant formidable, qu’il a enfin trouvé sa voie, qu’il va se réveiller et qu’il ne sera désormais
plus cet adolescent boutonneux à grosses lunettes. Il prend le tram pour rentrer dans son HLM et il est tout excité. Il raconte à qui veut bien l’entendre que le film est génial et que l’acteur
est beau. On le regarde interloqué. Il ne se rend compte de rien. Il se demande déjà quand il va aller revoir le film. Je peux vous dire qu’il est allé le voir quelques fois (vu une vingtaine de
fois depuis), qu’il achètera l’affiche du film en deux exemplaires (un pour mettre dans sa chambre, l’autre en réserve, on ne sait jamais). Il est formidable le cinéma qui arrive à changer votre
vie, à vous aider à vous comprendre, à être ce que vous êtes. Le soir, dans son lit, il est tellement excité qu’il n’arrive pas à dormir. Il est romantique et rêve d’être dans les bras de Rupert.
Il rêve, rêve… puis, tout à coup, il réalise que, oui, mais oui, m’enfin, …. c’est un autre mec. Et puis tout de suite il se revoit dans le tram en train de pérorer sur les qualités du film et la
beauté formidable de l’acteur. Il se rend compte qu’il n’a pas eu le répondant souhaité, que quelque chose clochait mais qu’il était excité à un point que ce détail ne l’a pas alerté.




